Un polar social dont l’action se situe à Roubaix et qui est basé sur un documentaire, Roubaix, commissariat central, lui-même tiré d’une sordide histoire vraie : a priori, un projet assez surprenant, relevé ici par Arnaud Desplechin. Un film mi-figue mi-raison, qui vaut surtout pour un trio percutant d’acteurs.

Chroniques d’une ville du Nord

Alors qu’ils parcourent la ville de Roubaix, 2 policiers sont appelés sur une scène de crime. Une vieille dame vient d’être retrouvée étranglée dans son lit.

Bande-annonce du film

Les jeunes voisines qui ont prévenu la police, passent rapidement de témoins à suspectes du meurtre…

Des personnages habités par leurs interprètes.

Le casting principal repose sur 4 personnes : 2 hommes et 2 femmes. Il y a d’abord Daoud, le chef de la police locale. Son adjoint, Louis, qui se révèle être très attiré par la religion. Claude et Marie, les voisines de la victime et en réalité, les meurtrières de cette dernière.

On savait que Roschdy Zem (Daoud) était l’un des meilleurs comédiens de sa génération et il le prouve encore une fois, tant il est bluffant et parfait dans ce rôle de flic désabusé qui lui colle à la peau. Connu du grand public depuis Indigènes, il sait tout jouer, de la comédie (Mauvaise foi, La très très grand entreprise, le Jeu) au thriller (À bout portant), et sait également réaliser (Chocolat). Un grand acteur, qui illumine le film de bout en bout, contrairement à son personnage complètement lessivé et désabusé.

Claude, l’une des 2 meurtrières, est incarnée par Léa Seydoux. Nous étions très sceptiques, car elle n’avait jamais marqué nos esprits jusque-là, chez nous. Quelle erreur, que nous admettons volontiers ! Elle est, sans nul doute, la révélation de ce film. Entre violence verbale et torrent d’émotion, elle réussit à scotcher le public. Espérons qu’elle continue ainsi, à l’avenir.

Sara Forestier interprète Marie, jeune marginale co-accusée du meurtre d'une vielle dame. © Shanna Besson - le Pacte
Sara Forestier interprète Marie. © Shanna Besson – le Pacte

Ensuite, il y a Marie, l’autre meurtrière, incarnée par une Sara Forestier méconnaissable sous sa « couche de saleté » et ses vêtements informes. Cette grande comédienne est malheureusement bien trop peu présente sur nos écrans, alors qu’elle est talentueuse et très affable. Nous nous rappelons d’une belle et passionnante interview en 2009, au Cinéma CGR de Châlons-en-Champagne, à l’occasion de l’avant-première de Humains, petit thriller horrifique sans envergure ni scénario digne d’intérêt, dans lequel elle se révélait brillante face à Dominique Pinon.

La véritable déception vient du dernier membre de ce quatuor, à savoir Antoine Reinartz, qui incarne Louis. Louis, c’est ce jeune flic qui est hésitant de bout en bout, préférant se confier à Dieu qu’à son supérieur hiérarchique. Leur duo n’est que très secondaire et aucune profondeur autre que religieuse n’est donnée à ce personnage de jeune flic.

Une sensation de décousu et d’inachevé

Comme dans le véritable drame social à l’origine du film, les meurtrières sont des marginales, alcooliques et paumées. En ce sens, elles sont dans la parfaite continuité des « cas » présentés au début du film.

La grosse (mauvaise) surprise du film, c’est la manière dont est traitée Roubaix. Loin d’être un hommage à cette ville déjà mal vue par de nombreux personnes en France, Roubaix bénéficie, ici, d’un traitement assez catastrophique dans la première partie du film. Les façades de maisons sont tristes, la ville manque cruellement de lumière (ce qui est paradoxal avec le titre du film) et les « habitants » présentés semblent « particuliers ». Il est évident que tous les habitants de Roubaix ne sont pas comme ça. Arnaud Desplechin ne rend donc pas justice à cette population qui mériterait d’être vue d’un autre oeil que l’habituel mépris du cinéma envers les « Gens du Nord ».

Les 2 meurtrières et voisines de la victime ne sont pas de simples amies, mais se révèlent lesbiennes. Cela joue beaucoup pour les scènes d’interrogatoire et de reconstitution, car on distingue bien, lors de ces moments, que leur couple est basé avant tout sur un principe dominante-dominée. Claude est très nettement la « chef », l’adulte, dans ce couple mal assorti. Mieux habillée que Marie, elle sait qu’elle plaît et essaie d’en jouer, contrairement à Marie. On sent que Marie aime mais n’est pas vraiment aimée en retour et que, plus sensible que sa copine, elle est plus à même de craquer face aux policiers.

La première partie du film, très longue, trop longue, permet de suivre plusieurs débuts d’enquêtes (un viol, une fugue de mineure…), à la manière d’un documentaire. Et puis, on les oublie. L’enquête principale démarre en trombe et le rythme s’accélère, mais une heure est déjà passée…

Si bien que, lorsqu’un policier signale la résolution de l’une des intrigues, le spectateur se souvient que cette enquête lui était sortie de la tête et pour le coup, c’est dommage car c’était a priori l’une des intrigues les plus intéressantes du film.

Ce qui est perturbant, également, ce sont les scènes en lien avec l’hippisme, qui tombent comme un cheveu sur la soupe; Le montage global, d’ailleurs, alterne trop les petites scènes sans réel lien entre elles. Et ne parlons même pas de l’image finale, complètement hors-sujet avec le thème principal du film. Par souci de respect de l’oeuvre, nous ne donnerons aucun spolier, cependant.

Présenté à Cannes en mai dernier, Roubaix, un lumière, était attendu au tournant. Mais en proposant un film bien trop long et décousu, Arnaud Desplechin ne met pas la lumière sur les qualités de Roubaix, mais sur ses défauts. Reste le casting, assez impressionnant.

N.V

Note : 2/5