Avec : Ben Affleck, Oscar Isaac, Pedro Pascal.

Projet de Netflix annoncé de longue date, Triple Frontière a connu, en France, depuis un mois environ, le martèlement d’une communication agressive et variée, entre 4 x 3, bande-annonce répétée à l’envi, flancs de bus, réseaux sociaux… Autant dire que ce projet était attendu au tournant et que le 13 mars était une date très importante pour Netflix.

Il faut dire que ce scénario avait écrit dès 2010 par Mark Boal pour Kathryn Bigelow. De grands noms avaient été pressentis pour être au casting, comme Tom Hanks. Finalement, c’est le cinéaste d’auteur J.C. Chandor (Margin Call) qui a réalisé le film.

L’un des bandes-annonces

 

L’histoire ? Elle tient à-peu-près sur un quart de papier toilette. Santiago, ancien militaire devenu conseiller pour la police locale, recrute d’anciens compagnons d’armes pour aller braquer Lorea, un caïd local d’Amérique du Sud. A priori, une mission de routine pour ces ex-soldats d’élite. Sauf que… l’argent leur fait finalement tourner la tête. On dirait le nouvel opus des Expendables, sauf qu’ici, point de Sylvester Stallone ou de Jason Statham.

Ce n’est pas une surprise : l’argent trouvé chez ce Pablo Escobar de seconde zone est vite récupéré par les soldats. Difficile de faire plus convenu, comme début d’intrigue. Cependant, ils ne sont pas au bout de leurs peines, car ils se retrouvent bien vite traqués de toutes parts et que leur amitié va se retrouver mise à rude épreuve. Et comme ils sont plus cupides qu’envisagé au départ, la logistique de leur fuite va vite devenir problématique… Ce film se déroule entre 3 pays, à savoir l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, d’où le titre Triple Frontière.

Des personnages en demi-teinte

Côté casting, on retrouve 5 têtes d’affiche, mais seulement 4 bénéficiant d’une réelle profondeur de leur personnage, et c’est fort regrettable : Ben Affleck (qui en fait des caisses), Oscar Isaac (vu dans Show me a Hero et X-Men Apocalypse, est la très bonne surprise du film), Charlie Hunnam (la mythique série Queer as Folk) et Garrett Hedlund (Pan, Eragon). Ce dernier, vu également dans Quatre Frères aux côtés de Mark Wahlberg, a toujours autant de mal à jouer sans surjouer. Et la cinquième roue du carrosse est Pedro Pascal, le talentueux acteur de Narcos, dont le rôle est vraiment bien trop en retrait par rapport aux autres. Dommage, car cet acteur, très aguerri, a travaillé sur de nombreux projets variés, comme Buffy contre les Vampires, Game of Thrones, Nurse Jackie et Narcos, donc. On peut difficilement faire plus éclectique ! Un tel acteur méritait d’avoir un personnage bien plus fouillé !

Côté casting, n’espérez aucun autre acteur mis en avant : on aurait pu envisager , par exemple, que le trafiquant soit plus important dans l’intrigue, mais ce n’est pas le cas. Idem pour l’alliée des braqueurs. On a la désagréable sensation qu’ils sont juste là pour faire de la figuration.

Une intrigue inégale mais prometteuse

L’intrigue, en outre, reste assez convenue, alternant rebondissements à gros sabots (la traque dans la montagne) et originalité (l’hélico de seconde main), ce qui est surprenant lorsqu’on sait que l’un des co-scénaristes (l’autre étant J.C. Chandor), Mark Boal, a été oscarisé pour son scénario du film Démineurs.

Toutefois, soulignons qu’à certains moments, les personnages ont l’occasion de voir leurs idéaux remis en question de manière intelligente : l’argent peut-il effacer ou atténuer la douleur de tuer ou de perdre un être cher ? En cela, le film questionne les personnages mais aussi les spectateurs : peut-on tout faire pour de l’argent ?

Les décors sont de toute beauté et la B.O. est savamment construite. La réalisation est très bonne dans sa première partie, et le suspense est à son comble jusqu’au braquage. Après… nettement moins !

Nul doute qu’avec la géniale Kathryn Bigelow (réalisatrice du même Démineurs) aux manettes, comme cela était prévu au départ, le film aurait nettement gagné en intensité et en enjeux narratifs. Toutefois, il faut bien reconnaître que J.C. Chandor, même s’il ne signe pas là un grand film, fait le job pour une plateforme telle que Netflix. 

N.V.