Lupin : Netflix s’attaque au mythe du gentleman cambrioleur avec audace et un certain panache

Lupin : Netflix s’attaque au mythe du gentleman cambrioleur avec audace et un certain panache

10 janvier 2021 0 Par Rédaction

Développer une intrigue autour d’un personnage mythique de la littérature est toujours à double tranchant car les puristes peuvent être déçus, voire choqués, en cas d’adaptation foireuse. Surtout lorsque l’on connaît les précédentes séries originales françaises estampillées Netflix. Et pourtant, avec Lupin, dans l’ombre d’Arsène, la plateforme de SVOD parvient à convaincre. Mais la présence du charismatique Omar Sy n’est sans doute pas non plus étrangère au succès de cette nouvelle série…

Assane vs Arsène

Arsène Lupin. Un prénom et un nom bien connus des amateurs de littérature, de cinéma et de télévision. Un personnage fictif imaginé par Maurice Leblanc à l’été 1905. Au fil des années, les adaptations ont été nombreuses et portées par de grandes stars de leur époque, comme Georges Descrières. Plancher sur une nouvelle adaptation était donc risqué.

Mais Netflix, plutôt que de le copier sans saveur, a préféré s’éloigner du personnage. En effet, ici, point d’Arsène Lupin. Les gens qui s’offusquaient de la présence d’Omar Sy en héros de la série, en raison de sa couleur de peau, lors de l’annonce de la production de la série, n’ont semblent-ils pas lu (ou compris) le pitch. Encore une fois, point d’Arsène Lupin dans la série.

Par contre, le personnage principal, Assane Diop, joué par Omar Sy, est un véritable fan du personnage d’Arsène Lupin et s’en inspire pour commettre ses actes. Un copycat des années 2020, en somme.

Note : 4.25/5

De quoi ça parle ?

Assane Diop avait 14 ans lorsque son père, chauffeur de maître, est accusé du vol d’un collier. L’enfant se retrouve ensuite orphelin lorsque son père, emprisonné suite aux accusations de vol, se pend dans sa cellule.

25 années passent, pendant lesquelles Assane Diop est devenu un voleur professionnel. Ivre de vengeance et déterminé, il entend bien faire payer les véritables responsables du vol du collier et de la mort de son père.

Quoi qu’il lui en coûte…

La bande-annonce officielle

Un pari risqué pour Netflix

On pouvait légitimement craindre le pire quant à la qualité de cette série, lorsqu’elle a été annoncée et qu’on a obtenu les premières infos : Louis Leterrier, réalisateur d’une partie des épisodes, n’est pas franchement connu pour ses œuvres intimistes et réalistes. Ses précédentes réalisations, comme le Transporteur ou Insaisissables, ne faisaient pas dans la demi-mesure, là où les précédentes adaptations du héros de Maurice Leblanc étaient plus « intellectuelles », ou disons plus posées. Précisons toutefois que le Transporteur était tout à fait correct, mais avouons que le choix de ce réalisateur est plutôt atypique. Mais il a malgré tout montré qu’il était capable d’autre chose que de faire des plans à la Michael Bay et que développer des personnages lui était possible.

Ensuite, vient le problème de Netflix en elle-même. La plateforme de SVOD produit de belles pépites originales à l’international, comme Ozark, Dark ou bien encore The OA. Mais en séries originales françaises, c’est plutôt une belle salve de catastrophes, comme Plan Coeur, Marseille ou bien l’immense navet la Révolution. Autant dire que ces 2 points noirs étaient autant de freins quant à la qualité intrinsèque de la série.

Heureusement, le showrunner et créateur de la série n’est autre que George Kay, créateur de Criminal (déjà sur Netflix) et scénariste de Killing Eve notamment. Une valeur sûre, et cela s’en ressent sur l’écriture, les dialogues et les enjeux narratifs bien réels de cette saison 1.

© Netflix

Et puis, l’autre point fort de la série, c’est indubitablement notre Omar Sy (inter)national. Personnalité admirée par la plupart des Français, ce comédien atypique au sourire franc et massif bénéficie d’une belle aura artistique. Il a déjà travaillé pour sur des projets aussi bien français (Tellement proches, Envoyés très spéciaux, Samba, le Chant du loup ou bien encore Demain tout commence) qu’internationaux (X-Men : Days of Future Past, Inferno). Son travail acharné, son sérieux, sa diction, sa gestuelle et son côté sympa font de lui une valeur sûre et un « aimant » naturel pour le public. Je ne suis pas certain qu’un autre comédien français aurait attiré un tel public.

C’est donc un pari risqué mais un joli défi dans lequel s’était lancée la plateforme de SVOD.

Les maîtres de l’arnaque

Tout au long des 5 épisodes que comporte actuellement la série, les références à Arsène Lupin sont légion. Pour commencer, Assane Diop, lorsqu’il a 14 ans, lit le livre offert par son père. L’un des flics, incarné avec brio par Soufiane Guerrab, est persuadé que les 2 affaires sur lesquelles il enquête sont liées à Arsène Lupin, au grand dam de ses 2 autres collègues qui le prennent visiblement pour un doux dingue. Plusieurs des arnaques ressemblent à s’y méprendre aux arnaques décrites dans le livre, mais sont modernisées. Le pilote, qui se situe en grande partie au Louvre, est rondement mené et évite nombre d’écueils. Les épisodes suivants sont un peu moins maîtrisés.

Les œuvres de fiction basées sur les arnaques sont légion : outre les aventures d’Arsène Lupin en télévision, cinéma et littérature, on peut donc citer pêle-mêle, Ocean’s Eleven (et ses pénibles suites), Leverage, l’Art du mensonge, Inside Man, Hustle/les Arnaqueurs VIP, Sneaky Pete ou bien encore la série culte Mission Impossible, voire la Casa de Papel.

Le genre se prête bien à la fiction, entre rebondissements qui s’enchaînent, personnages troubles et narration atypique. Les personnages ont des compétences particulières, notamment dans l’art du déguisement, celui du vol et celui de l’informatique. Parfois, une compétence est affectée à un personnage en particulier, comme c’était le cas dans Mission Impossible, avec Barney qui gérait le high-tech et Rollin les déguisements, pour ne citer qu’eux. Parfois, un seul personnage possède toutes ces compétences. Mais, quelle que soit l’organisation de la fiction d’arnaque, il y a toujours ces critères-là qui sont un jour ou l’autre exploités. Et Lupin, dans l’ombre d’Arsène, n’échappe pas à la règle.

En effet, Omar Sy, dans le rôle d’Assane Diop, endosse plusieurs personnalités et déguisements, comme celui d’un homme d’affaires richissimes, d’un vieillard ou encore d’un informaticien travaillant dans un service public. Comme ses compères fictionnels, Assane Diop a toujours un coup d’avance sur ses adversaires, comme sur les téléspectateurs. Comme dans Leverage, on découvre après coup le déroulement de l’arnaque effectuée par Assane Diop. L’un des éléments importants d’une fiction d’arnaque réside dans l’attachement que le spectateur a pour les personnages. En effet, même s’ils commettent des actes répréhensibles, les héros des fictions d’arnaque le font souvent (voire quasiment toujours !) pour de bonnes raisons. Pour défendre les plus faibles face aux puissants comme Nate, Parker et les autres dans Leverage, ou pour venger l’affront fait à son père et la mort de ce dernier dans Lupin, pour Assane Diop.

Autour de lui, un cast très varié et globalement efficace : outre Nicole Garcia, citons notre pépite locale la Troyenne Clotilde Hesme, mais aussi et surtout Hervé Pierre et Soufiane Guerrab. Bien sûr, même si les comédiens sont tout à fait crédibles et efficaces dans leurs rôles respectifs, ils ne parviennent pas à détourner notre esprit plus d’un court instant de l’extraordinaire prestation d’Omar Sy. Car oui, encore une fois, il « bouffe » littéralement l’écran, même lors des scènes dans lesquelles il semble moins à l’aise. C’est le cas lors de sa première confrontation avec Gabriel Dumont, par exemple.

Comme dans quasiment toute fiction tournant autour de l’arnaque, il y a bien évidemment une grosse part d’improbabilité dans la réussite de chaque arnaque et on se demande régulièrement comment Assane Diop fait pour s’en sortir. Mais cela fait partie du jeu et, si le scénario se tient et que le cast est crédible, alors le rendu est prenant. C’est le cas avec Lupin, dans l’ombre d’Arsène qui, s’il n’est pas parfait, donne également très envie d’en savoir plus sur le mythe d’Arsène Lupin.

D’ailleurs, nombre de téléspectateurs ont reconnu avoir envie de (re)lire l’oeuvre de Maurice Leblanc après avoir vu la série. Le succès, plutôt mérité donc, est au rendez-vous, puisque, comme l’a communiqué Omar Sy dans la foulée sur son compte Twitter, la série est très regardée depuis sa sortie sur Netflix.

L’aventure ne fait que commencer…

La série est pour l’heure composée de 5 chapitres formant une première partie, avant une seconde partie qui devrait prochainement annoncée par Netflix. La plateforme de SVOD a pris un sacré risque en adaptant, en coproduction avec Gaumont, cette oeuvre et ce héros de fiction.

Toutefois, en imaginant une oeuvre moderne et en choisissant un comédien aussi apprécié du public qu’Omar Sy, Netflix a tout de suite gagné des points auprès du public. Car oui, ici, l’action de la série se déroule à notre époque (et un peu aussi en 1995) et non au début du vingtième siècle. Le héros utilise également des outils high-tech comme un drone, des mini-caméras ou un modulateur de voix. Tout cela permet de donner une seconde jeunesse à l’œuvre un peu poussiéreuse (malgré d’indéniables qualités) de Maurice Leblanc.

Un pari risqué mais qui porte ses fruits, car, en procédant ainsi, Netflix ne risquait pas de faire fuir une partie de sa cible. En effet, beaucoup d’abonnés sont plutôt jeunes et les intéresser à une oeuvre aussi datée pouvait sembler une tâche ardue.

On attend donc la seconde partie de la série avec une certain impatience.

Pour la petite info, Arsène Lupin est le roi de l’arnaque, mais vu les 2 premières lettres de ces 2 mots, à savoir AR, c’était évident…

N.V